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Le jour d’après
Arthur Béague

Le jour d’après

En cette période bien compliquée, rythmée par les flashs infos apportant chaque jour leur lot de mauvaises nouvelles, il est bien difficile de voir la lumière au bout du soleil. Alors que des milliers de personnes suffoquent, la planète prend une bouffée d’air frais comme elle n’en avait pas inhalé depuis un long moment.

Les eaux de Venise limpides comme un tableau de Canaletto, la région de Wuhan visible depuis le ciel et les dauphins qui recolonisent le port de Cagliari… La COVID-19 souffle le chaud et le froid sur la planète Terre.

À l’heure où je percute les touches de mon clavier imbibé de gel désinfectant, 2,6 milliards de personnes sont confinées, soit plus d’un tiers de la population mondiale. Du jamais vu de mémoire de trentenaire ! Toute l’économie mondiale est à l’arrêt et avec elle notre frénésie incontrôlable de production et de consommation. Frénésie qui était hier en une de tous les journaux, assurant que nous courions à notre perte si nous continuions à cracher du CO2 autant qu’un lama irrité.

Et si le coronavirus était l’occasion inespérée d’amorcer une sérieuse transition écologique ?

Les populations à l’arrêt, les voitures au parking, les usines fermées ont une incidence directe sur les émissions de dioxyde de carbone. Particulièrement touchées par la pandémie, la Chine et l’Italie ont vu leurs émissions de CO2 et de dioxyde d’azote chuter de plus de 25 %. Une statistique confirmée dans la plupart des grandes mégalopoles à travers le monde. La pollution de l’air baisse et certaines images satellites de la NASA sont criantes de vérité.

Le trafic aérien, souvent en première ligne dans la lutte contre le réchauffement climatique, a lui aussi été fortement impacté. Les photos des avions quasiment vides début mars ont fait le tour du monde, de quoi rendre rêveur n’importe quel passager qui s’est déjà retrouvé sur un long courrier entouré d’adolescents surexcités.

Mais pourquoi maintenir à tout prix les vols ? Aucune surprise : une affaire de gros sous se cache derrière cette aberration. Les compagnies aériennes ont des créneaux horaires, communément appelés « des slots », et s’ils ne sont pas utilisés dans 80 % du temps, ils sont remis sur le marché. Économiquement, il vaut donc mieux voler que de perdre ces précieux créneaux.

L’Association internationale de transport aérien (IATA) a tiré la sonnette d’alarme et a demandé la suspension de cette règle. La Commission européenne a suspendu cette mesure du « use it or lose it » le 10 mars et espère que la suspension sera internationale. Le vendredi 27 mars, le site internet Flight Radar comptabilisait 89 276 vols contre 170 000 à la même date l’année dernière.

Tel un fumeur qui retrouverait ses papilles gustatives après quelques jours d’arrêt, ces bonnes nouvelles ne doivent pas nous voiler la face : il faudra du temps avant de respirer à pleins poumons. Beaucoup de chercheurs craignent d’ailleurs un rebond particulièrement violent qui annulerait ces effets positifs sur le climat.

Puisse cette crise nous amener à repenser nos habitudes et vers une économie plus propre et plus locale. Et que du Caravage ne ressorte que la lumière.

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