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Michel Vézina
/ Catégories: Chroniques, En quelques mots

La bataille méconnue du Saint-Laurent

Récemment, je me suis retrouvé dans un groupe où l’on discutait de tout et de rien. Évidemment, la guerre en Ukraine est venue sur le tapis et des personnes ont fait la remarque que pendant la Deuxième Guerre mondiale le Canada avait été épargné par les effets terribles du conflit.

Certes, il n’y a pas eu d’invasion ou de combat sur terre ni de bombardement au Canada en 1939-1945. Mais ce qui s’est passé sur l’eau est trop souvent oublié. On parle peu de la bataille du Saint-Laurent et, pourtant, ça s’est bien passé chez nous. Les gens de la Gaspésie au Québec ont été parmi les témoins de cette bataille.

En mai 1942, le sous-marin nazi U-553 a pénétré dans le golfe du Saint-Laurent et, tout près de la communauté de Cloridorme, a coulé les navires Nicoya et Leto, entraînant la mort de six membres d’équipage pour l’un et dix pour l’autre dans la nuit du 11 au 12 mai 1942.

C’était le début de la bataille du Saint-Laurent qui allait inclure le golfe du Saint-Laurent et qui s’étendrait autour de Terre-Neuve, alors possession britannique, jusqu’à Halifax. Vingt-trois navires, dont trois de la Marine royale canadienne, seront coulés. Seize d’entre eux ont été coulés au Québec et plusieurs autres ont été endommagés. 

Au total, 147 membres de la Marine royale canadienne y ont laissé la vie, ainsi que 89 membres de la Marine marchande (canadienne ou alliée), en plus de 137 personnes du traversier Caribou.

Parmi les événements à raconter, il y a celui de la torpille qui a manqué le navire Meadcliffe Hall le 8 septembre 1942. Le capitaine du bateau est parvenu à éviter le missile qui s’est finalement retrouvé dans les roches au cap Saint-Yvon, près de Cloridorme. Des fenêtres de maison ont éclaté, des maisons ont bougé de leur fondation, les animaux ont eu peur. Des vestiges de cette torpille ont été récupérés et on peut les voir au Musée de la Gaspésie à Gaspé.

Mais la pire tragédie restait à venir. Le 13 octobre 1942, en soirée, le traversier Caribou quittait North Sydney pour Port-aux-Basques avec 192 passagers à bord, soit 118 militaires et 74 civils (dont plusieurs enfants) ainsi que 46 membres d’équipage. Le lendemain, le sous-marin nazi U-69 a aperçu le Caribou et, à 3 h 21 heure avancée de l’Atlantique, a fait feu sur celui-ci, le touchant à tribord en son milieu.

Le navire de guerre canadien Grand-Mère a récupéré les survivants de l’attaque, mais 57 militaires, 49 civils et 31 membres d’équipage ont péri dans l’attaque. Dix enfants sont morts et seul un bébé de 15 mois a survécu. Bilan : 137 victimes et 101 survivants.

C’est un brin d’histoire pour se rappeler que la guerre n’est pas la réponse à quelque problème que ce soit. Et pour se rappeler le courage de toutes celles et de tous ceux qui ont dû participer ou doivent encore participer à des conflits, peu importe l’endroit sur Terre. C’est un devoir de se souvenir pour, idéalement, éviter toute nouvelle guerre.

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