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En quelques mots

Lire en français en Saskatchewan : tout un périple

Lire en français en Saskatchewan : tout un périple
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À la suite de la fermeture de la dernière librairie francophone en Saskatchewan, les francophones de la province n’ont d’autre option que de se tourner vers les bibliothèques publiques pour accéder aux livres en français. Et de se satisfaire d’une offre incomplète et parfois difficile d’accès.

Les bibliothèques publiques de la Saskatchewan sont amalgamées grâce à Saskatchewan Information and Library Services Consortium (SILS), une organisation à but non lucratif formée en 2009 qui rassemble toutes les bibliothèques publiques de la province.

Les sept bibliothèques régionales, les trois municipales de Regina, Prince Albert et Saskatoon, ainsi que celles du Nord sont ainsi reliées à partir d’un catalogue numérique, ce qui permet aux détenteurs d’une carte de bibliothèque d’emprunter un livre depuis n’importe quelle succursale.

« La bibliothèque provinciale coordonne et facilite les activités du réseau des bibliothèques publiques », explique Chelsey Balaski, conseillère aux médias pour le ministère de l’Éducation, qui dirige la Direction de la bibliothèque provinciale et de la littératie.

« Toutes les bibliothèques sont responsables pour les achats du matériel dans les deux langues officielles du Canada. La bibliothèque provinciale est responsable des achats du matériel dans d’autres langues pour une collection multilingue partagée », précise l’agente.

28 000 titres en français

Selon James Hope Howard, directeur du système Pahkisimon Nuyeʔáh, dans le nord de la province, la Saskatchewan compterait 28 823 livres en français. « Si on inclut d’autres matériels comme des films, cela augmente à 32 448 », complète-t-il. 

La bibliothèque municipale de Regina disposerait de 450 000 livres dans sa collection, dont 10 600 en français. « En 2022, il y a eu une circulation [le nombre d’emprunts] de 24 000 titres en français, assure Katie Murphy Balkwill, agente en communications et marketing pour la bibliothèque. Parmi eux, la vaste majorité était des livres jeunesse. »

Mais tous ne sont pas des œuvres originales : « On ne connaît pas le nombre de titres qui sont des traductions, mais on fait des efforts pour acheter des œuvres originellement écrites en français », reconnaît l’employée.

À Saskatoon, Kirk Sibbald, spécialiste des communications et du marketing pour la bibliothèque, indique que « la collection inclut 9 073 titres en français, avec 7 511 de ses titres qui sont des livres jeunesse et 1 562 pour adultes. En 2022, il y a eu une circulation de 20 098 de ce matériel. »

Déception chez les lecteurs

Pour Carolynne Kobelsky, orthopédagogue et ancienne enseignante en immersion française à Regina, les bibliothèques sont importantes, mais l’offre en français n’est pas suffisante : « Lorsque j’enseignais, je me servais de la bibliothèque pour compléter la collection fournie par l’école. Je contactais la bibliothèque avec un thème et ils créaient une trousse de livres pour nous. J’étais souvent déçue par la sélection de livres en français. »

Et d’ajouter : « Je soulignais qu’on était une classe d’immersion, mais on recevait peu de ressources en français, et quand il y en avait, elles étaient vieilles et mal alignées avec le thème demandé. »

En y réfléchissant, l’enseignante croit que ce n’est pas à cause de la collection en elle-même que les ressources faisaient défaut, mais plutôt à cause du manque de personnel pour les trouver.

Daniel Fletcher, ancien directeur d’école pour le Conseil des écoles fransaskoises (CÉF), est du même avis : « Non, pas du tout ! », répond ce dernier lorsqu’on lui demande si la sélection de titres en français est suffisante.

« Dans la section francophone de la bibliothèque George Bothwell à Regina, par exemple, il y a une petite section de livres de quatre pieds de large, ce qui est, à mon avis, insuffisant pour notre ville », estime le Fransaskois à la retraite.

Même son de cloche du côté de Marie-Lou Bernatchez, une résidente de Regina, qui concède se résigner à lire en anglais : « En fait, j’ai le réflexe de penser qu’il va y avoir plus de choix en anglais et j’avoue ne pas chercher pour la version française quand un titre anglais me semble intéressant. »

Se tourner vers d’autres sources

Si la collection physique du réseau des bibliothèques publiques en Saskatchewan n’est pas toujours satisfaisante, il faut savoir que la carte de bibliothèque donne accès gratuitement à plusieurs applications et sites web qui recèlent de ressources en français.

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Faute de ressources physiques, des utilisateurs se tournent vers les applications pour accéder à du contenu en français.

Libby est sans doute la plus connue des applications dans le genre, hôte de milliers de livres numériques et audios. PressReader offre de son côté une sélection de milliers de journaux et de magazines du monde. Kanopy constitue une autre ressource pour accéder à du contenu culturel en français, tout comme Hoopla.

Pour ceux qui désirent lire une œuvre dans sa forme physique, il est possible de suggérer directement aux bibliothèques de se procurer des ressources. Ces personnes peuvent faire la demande auprès d’un bibliothécaire ou via une demande en ligne sur le site web du consortium des bibliothèques.

Un meilleur accès à Saskatoon

Enfin, il faut noter tout de même que la Fédération des francophones de Saskatoon (FFS) a récemment ouvert sa propre bibliothèque francophone à l’intérieur de ses locaux.

« La visibilité et la diffusion des livres sont plus importantes dans nos locaux que dans l’une des nombreuses librairies et bibliothèques publiques de Saskatoon », assure Lucille Sertin, coordinatrice culturelle pour la FFS.

En outre, la FFS rechercherait également à établir un échange en français avec ses lecteurs, note l’employée, « un service qui n'est pas présent lorsque vous vous rendez dans une librairie ou bibliothèque ».

« Nous avons eu jusqu'à ce jour que de bons échos, certifie Lucille Sertin. Et nous voulons faire circuler davantage les livres entre les mains des membres de notre communauté afin qu'ils maintiennent leur niveau de français, voire qu'ils progressent, et surtout qu'ils prennent du plaisir. » Un beau défi pour 2023.

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