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Cette chronique, en collaboration avec La Cité universitaire francophone,  offre des textes dont les auteurs ont en commun d’avoir choisi le français comme langue seconde.


 

Pourquoi l’hiver est-il particulièrement chaud cette année

Auteur: Emmanuel Masson/4 mars 2021/Catégories: Agriculture et environnement

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Les neiges ont tendance à fonder de plus en plus au cours de l’hiver à cause des changements climatiques.
Crédit: Gauravdeep Singh Bansal - Unsplash

Les météorologues avaient prédit que l’hiver 2020-2021 serait plus froid que d’habitude. Au contraire, l’hiver s’est révélé être plus chaud avec des températures moyennes supérieures à la normale. Un climatologue explique pourquoi.

David Sauchyn, climatologue à l’Université de Regina, constate que l’hiver 2020-2021 a été jusqu’à présent particulièrement chaud. Dans le sud de la Saskatchewan, la température n’est pas descendue en dessous de -30 degrés Celsius jusqu’à la fin du mois de janvier 2021. 

Excepté le mois de février 2021, les températures quotidiennes ont été en moyenne bien supérieure aux normales de saison. En décembre 2020, à Regina, il a fait en moyenne -8,8 °C, alors que les normales sont plutôt autour de -12 °C. En janvier 2021, la différence était encore plus notable avec des températures moyennes proches de - 8 °C, soit plus de 6 °C plus chaudes qu’à l’accoutumée.  

Cette tendance s’est inversée en février 2021, avec des températures 8 °C plus froides que les moyennes de saisons. Néanmoins, le mois de mars commence avec des températures au-delà du point de congélation.

Ces données surprennent d’autant plus les météorologues que, cette année, la présence du phénomène de La Niña dans l’océan Pacifique aurait dû refroidir l’hiver. 

Comprendre la tendance générale

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David Sauchyn, professeur et chercheur au Prairie Adaptation Research Collaborative (PARC) de l’Université de Regina Crédit : Courtoisie

David Sauchyn étudie les changements climatiques dans les Prairies canadiennes. Bien qu’il affirme que le changement climatique ne soit jamais la cause directe des événements météorologiques, il explique que ce dernier donne lieu à de l’incertitude. « Plus on voit de météos inattendues, plus on sait que le climat change », résume-t-il.

En Saskatchewan, les changements climatiques sont surtout observables avec le réchauffement des hivers. À la différence des étés qui n’ont presque pas changé, il y a une forte tendance à la hausse dans les températures hivernales. En ce sens, l’hiver doux de cette année est conforme aux tendances climatiques observées au cours du siècle dernier, indique le spécialiste.

David Sauchyn mentionne que les phénomènes météorologiques extrêmes, comme les tempêtes, les inondations et les sécheresses, se produiront plus fréquemment et seront plus graves qu’autrefois.

L’expert précise aussi que les changements climatiques n’empêchent pas la possibilité d’hivers froids à l’avenir, mais que ces derniers seront moins fréquents. Les hivers plus chauds, quant à eux, seront plus communs. 

Saisir les conséquences

David Sauchyn souligne qu’en Saskatchewan les sols dépendent de deux principales sources d’eau : la neige et les pluies printanières. « La pluie que nous recevons en été n'est pas aussi efficace, car elle coule dans les ruisseaux ou s’évapore, alors que la neige s'accumule en hiver et fond au printemps. » 

Le climatologue explique que si les températures montent au-dessus de 0 °C plusieurs fois au cours de l’hiver, « le manteau neigeux fond périodiquement tout au long de la saison », entraînant un déficit de neige au printemps et donc une probabilité accrue de sécheresse en été. « Nous verrons ce phénomène cette année », avertit-il.

Si David Sauchyn prévoit la venue d’un climat plus sec et aride dans les Prairies canadiennes du fait des changements climatiques, des incertitudes demeurent. La montée des températures océaniques et atmosphériques augmentera par exemple le taux de précipitation dans le monde. Dans le meilleur des cas, ces précipitations accrues au printemps pourraient contrebalancer les pertes d’eau par la fonte des neiges en hiver. Au contraire, cela pourrait aussi signifier plus de pluies torrentielles, ce qui n’aurait pas l’effet escompté.

Poursuivre la recherche

Pour le climatologue, ces zones d’ombre démontrent notre besoin d’en savoir plus. Pour ce faire, son centre d’étude, le Prairie Adaptation Research Collaborative (PARC), a annoncé en janvier un partenariat avec ses homologues de l’Alberta et du Manitoba afin de former ClimateWest, un nouveau centre de recherche pour faciliter le partage d’informations dans le domaine. 

Le nouvel organisme, basé à Winnipeg, offrira aussi des services aux communautés, aux entreprises et aux gouvernements qui cherchent des conseils pour s’adapter aux changements climatiques.

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