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S'exprimer autrement
Cette chronique, en collaboration avec La Cité universitaire francophone,  offre des textes dont les auteurs ont en commun d’avoir choisi le français comme langue seconde.


 

Débat en français : colère et déception chez les francophones hors Québec

Auteur: Sébastien Németh (EV)/1 octobre 2015/Catégories: Politique, 2015

Les critiques ont fusé de toute part après le débat des chefs organisé en français, jeudi dernier, par Radio Canada, La Presse et Télé-Québec, entre les leaders des partis, Stephen Harper, Justin Trudeau, Thomas Mulcair, Elizabeth May et Gilles Duceppe. Les échanges ont passablement déçu les francophones hors Québec.  À quelques semaines de l’élection fédérale, certains ne comptent pas en rester là.

Tout au long de la soirée, la même critique a été répétée en boucle, notamment sur les réseaux sociaux, contre les organisateurs du débat et les chefs de partis : les francophones hors Québec sont totalement oubliés. « Il n’y a pas juste du pétrole en Alberta. Il y a aussi des francos qui voteront. Parlez de nos enjeux », a clamé l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA). « Un débat en français pour toutes et tous les francophones, pas seulement le Québec », a pour sa part exigé la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). 

 

Le lendemain de l’événement, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) a lancé une charge virulente contre Radio Canada et les politiques. « Les organisateurs du débat et les chefs eux-mêmes n’étaient pas au rendez-vous pour nous. C’est comme si on nous avait embarrés dehors. Nos citoyens s’attendent à mieux, ils méritent mieux », a déclaré la présidente de la FCFA. Selon Sylviane Lanthier, « qu’il s’agisse des questions posées par les animateurs ou des réponses des chefs, les références au Québec étaient omniprésentes. En revanche, la francophonie ailleurs au pays a été totalement ignorée. On a parlé en long et en large de la question de la clarté référendaire, mais on n’a même pas trouvé 30 secondes pour parler de respect des droits linguistiques. On a fait tout un segment sur le gouvernement au service des Canadiens sans dire un mot sur les obligations du gouvernement envers les minorités », a-t-elle déploré.

 

Selon l’organisation, Radio-Canada a failli à ses obligations en tant que diffuseur pancanadien. Quant aux leaders politiques, ils auraient pu et dû démontrer une perspective pancanadienne de la francophonie. La FCFA ne compte pas en rester là. Elle a annoncé le lancement d’une campagne de plaintes. Ainsi elle encourage les francophones à déposer des procédures auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC) par rapport au travail de Radio-Canada comme organisateur du débat.

En Saskatchewan, les députés de l’Assemblée communautaire se sont également déclarés très déçus que les enjeux qui touchent les francophones hors Québec n'aient pas été abordés. L’ACF a toutefois décidé de ne pas aller aussi loin que la FCFA. Les députés communautaires ont décidé d'envoyer une lettre à Radio-Canada pour exprimer leur déception.

Attaquée, Radio Canada s’est défendue. Le directeur général de l'information a assuré que les francophones hors Québec n’avait pas été négligés. Tout en comprenant leurs « préoccupations », Michel Cormier a assuré que les questions avaient été choisies en tenant compte de « l'intérêt général de tous les francophones » du pays. « Le choix des questions est très difficile. Ce qu'on a voulu faire, c'est choisir des thèmes qui touchent l'ensemble des Canadiens. Et moi, j'ose croire que la question des soins de fin de vie, la question économique, des choix énergétiques sont des questions qui interpellent tous les francophones du pays et auxquelles ils attendaient des réponses », a-t-il déclaré.  

La FCFA avait déploré qu'aucune des questions qu'elle avait soumises au consortium n'ait été posée aux chefs des partis. Michel Cormier a répondu que « beaucoup de groupes voulaient que certains enjeux soient abordés », mais qu'il a fallu faire des choix. « On a aussi fait attention de s'assurer qu'on ne prenait pas des références québécoises, que les questions étaient formulées de façon à s'adresser à l'ensemble du pays », a-t-il ajouté.

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