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Horizons - chronique littéraire du Cercle des écrivains de la Saskatchewan

Mychèle Fortin

Una olla

Une Olla

Une Olla

Une olla est un pot en terre cuite courant au Mexique.
Crédit : Mychèle Fortin
Depuis plus de 40 ans, je prépare mes frijoles – fèves noires –  dans une olla, un pot en terre cuite qui ressemble à celui dans lequel certaines de nos grands-mères faisaient cuire leurs « bines ». Cette olla  n'a jamais servi à autre chose qu'à la cuisson des frijoles. Je l'ai rapportée d'un long séjour au Mexique, dans mon sac à dos. Elle a dû me coûter deux dollars, trois max. On aura rarement vu un tel rapport qualité/prix.

Je l'ai achetée au marché d’Amecameca, petite agglomération nichée au pied du Popocatepelt dans laquelle j'ai vécu quelques mois.  La marchande m'a recommandé de la remplir de lait et de faire bouillir longuement avant de l'utiliser. Elle m'a expliqué que cela scellerait les pores de la poterie et m'a assuré qu'elle me durerait une éternité. La marchande ne m'a pas menti. Ou si peu…

Je crois que, pour l'éternité, c'est raté. Il est rendu tout mince et lézardé de fissures, le fond de ma olla. Depuis quelque temps, chaque fois que je l'utilise, j'ai le cœur qui bat. Je me dis « c'est la dernière fois, c'est sûr ». Mon amoureux refuse d'y toucher. Un malheur est si vite arrivé et il ne voudrait pas porter l'odieux de la fin de la olla.

Parfois, quand je l'ai entre les mains, je ferme les yeux et je revois Amecameca, le marché, la marchande au regard vif dont les traits et les vêtements colorés annonçaient qu'elle était de ceux qui étaient là bien avant que Tenochtitlan ne devienne Mexico. Je retrouve les quelques rues chichement éclairées la nuit par de rares lampadaires. Je croise à nouveau ces ombres, marchant d'un pas lent, tenant une mule en laisse ou, plus rarement, à cheval. « Buenas noches », murmuraient-elles en passant près de moi. 

Dans ce pays où les morts se mêlent volontiers aux vivants, je me demandais parfois si, parmi ces ombres, il n'y avait pas une ou deux âmes zapatistes venues se promener dans ce lieu qu'elles ont occupé pendant la Révolution mexicaine. En tendant l'oreille, on pouvait presque entendre « Viva Zapata ! »  

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