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La Journée de la vérité et réconciliation et celle du chandail orange

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Image principale: Des élèves cris sont à leur pupitre avec leur professeur dans une salle de classe du pensionnat de All Saints, Lac La Ronge, en Saskatchewan, en mars 1945. Crédit : Bud Glunz, Office national du film, Photothèque, Bibliothèque et Archives Canada, PA-134110

Un jour, pour souligner l’entrée à l’école de sa petite-fille, une grand-mère lui offrit un gilet orange. Confisqué dès son arrivée au pensionnat, le gilet devint pour la petite Phyllis Webstad un symbole d’espoirs déçus. Quarante ans plus tard, le chandail refit surface lorsqu’elle décida de raconter son histoire. Aujourd’hui, le gilet arraché est devenu un symbole de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, observée pour la première fois le 30 septembre de cette année. 

Deux femmes ont contribué à faire du 30 septembre un jour de réflexion : Phyllis Webstad, fondatrice de l’Orange Shirt Society, et l’ex-députée saskatchewanaise Georgina Jolibois, qui a présenté le premier projet de loi pour créer un jour férié qui commémorerait les victimes et les survivants des pensionnats autochtones.

Journée du chandail orange
La Journée du chandail orange est célébrée chaque année en Colombie-Britannique.
Crédit : Province of British Columbia – Flickr

Lorsque la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) a déposé son rapport en 2015, Georgina Jolibois venait tout juste d’être élue à la Chambre des communes. Constatant rapidement qu’au Parlement « les peuples autochtones sont une réflexion après-coup », la Saskatchewanaise a voulu faire bouger les choses. 

Cette dernière a ciblé l’appel à l’action numéro 80 de la CVR : « Nous demandons au gouvernement fédéral d’établir comme jour férié, en collaboration avec les peuples autochtones, une Journée nationale de la vérité et de la réconciliation pour honorer les survivants, leurs familles et leurs communautés et s’assurer que la commémoration de l’histoire et des séquelles des pensionnats demeure un élément essentiel du processus de réconciliation. »

Un geste très attendu 

La députée a déposé le projet de loi C-369 en octobre 2017, qui est arrivé au Sénat en avril 2019, y a traîné, puis est mort au feuilleton avec le déclenchement d’élections générales en septembre.

Le projet de loi a refait surface un an plus tard, cette fois-ci à l’initiative du gouvernement. Il a vivoté dans les couloirs du Parlement jusqu’à la découverte d’un charnier près d’un ancien pensionnat à Kamloops. 

Alors, en moins d’une semaine, le 30 septembre est devenu la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, un jour férié fédéral. La route a été longue, du dépôt du premier projet de loi à la création de cette Journée. Pour Phyllis Webstad qui, dès 2013, a contribué à fonder la Journée du chandail orange du 30 septembre pour rappeler la réalité des pensionnats autochtones, ce sont « les ancêtres et les 215 enfants retrouvés à Kamloops qui ont accéléré les choses ». 

L’une pour célébrer, l’autre pour se souvenir

Georgina Jolibois
Georgina Jolibois, ex-députée fédérale, lors de la Journée du chandail orange de 2019
Crédit : Twitter de Georgina Jolibois

Dans la première mouture de son projet de loi, Georgina Jolibois avait demandé que le jour férié soit le 21 juin, Journée nationale des peuples autochtones. Le gouvernement, sous recommandation du Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR), a préféré aligner cette commémoration avec la rentrée et, surtout, avec la Journée du gilet orange« qui gagne les écoles du pays pour sensibiliser à la réalité des pensionnats autochtones ».

Avec le recul, la Saskatchewanaise salue le changement : « Au cours du processus, ça avait de plus en plus de sens de créer une journée spéciale pour la vérité et la réconciliation », dit-elle.

Un chandail remarqué

Ce chevauchement du nouveau jour férié sur la Journée du chandail orange honore celle qui a perdu ledit gilet, il y a près de 50 ans. Mais ce congé ne viendra pas effacer la Journée du gilet orange, foi de Phyllis Webstad : « Il y a de la place pour les deux », assure-t-elle.

En novembre 2018, le CNVR a déposé un mémoire dans le cadre des audiences du comité permanent de Patrimoine canadien entourant le projet de loi C-369. Il y plaide pour que le jour férié ait un lien direct avec la Journée du chandail orange, puisque « partout au pays, la Journée du chandail orange, dédiée à l’éducation et à la commémoration, gagne en popularité. Le travail important qui est accompli ce jour-là en milieu scolaire ne devrait pas être interrompu, mais poursuivi. »

« Le 30 septembre sera toujours la Journée du chandail orange, croit Mme Webstad. Le jour férié et la Journée du chandail orange ont tous deux été créés pour discuter de tous les aspects des écoles résidentielles, honorer les survivants et leurs familles et se souvenir de ceux qui n’ont pas survécu. Ce sera tout ça, maintenant. » 

Un gilet orange comme un coquelicot rouge ?

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Phyllis Webstad (au premier plan), fondatrice de l’Orange Shirt Society
Crédit : Province of British Columbia – Flickr

En peu d’années, ce gilet à la couleur vive est devenu un symbole de vérité, un peu comme le coquelicot souligne le jour du Souvenir. 

La campagne du coquelicot, coordonnée par la Légion royale canadienne, est encadrée par un protocole. Le coquelicot est utilisé depuis 1921 et est même devenu une marque déposée. Seuls des bénévoles de la Légion royale canadienne peuvent le vendre et les fonds, à l’utilisation strictement règlementée, servent à des subventions de nourriture, de chauffage, de vêtements, d’appareils médicaux, de transport et des programmes de soutien pour les vétérans.

Phyllis Webstad n’est pas encore certaine du rôle que pourra jouer l’Orange Shirt Society dans le déploiement de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, même si l’organisme fait figure de référence. « Nous allons nous mettre à l’œuvre et faire ce que nous devons faire, laisse-t-elle entendre. Nous devons trouver notre rôle, notre position, notre stratégie. »

La part des provinces

L’un des chevaux de bataille sera d’assurer que les provinces emboîtent le pas au fédéral. Georgina Jolibois et Phyllis Webstad comptent toutes deux sur la participation des provinces pour honorer le 30 septembre. 

« Il y a encore beaucoup à faire, estime l’ex-députée de Desnethé-Missinippi-Churchill River. Sur le plan fédéral, oui, il y a une législation. Sur le plan provincial, c’est une autre histoire. Quelques provinces n’acceptent pas encore les appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation », déplore-t-elle. C’est notamment le cas de sa Saskatchewan natale. 

« Les provinces sont responsables de développer les programmes éducatifs, relève Mme Jolibois. Si les écoles ne reçoivent pas l’appui de la province, elles ne participeront pas autant. »

Auteure: Andréanne Joly – Francopresse

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