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Respecter leur choix quel qu’il soit

Auteur: Jean-Pierre Picard/6 mars 2014/Catégories: Éditorial

Il va y avoir de la houle. Le débat entourant le droit de mourir dans la dignité, l’euthanasie, le meurtre par compassion, appelez-ça comme vous le voulez, ne fait que commencer. Au Québec, les consultations publiques de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité ont été le théâtre d’échanges passionnés qui ont résonné dans les médias.

Déjà en 2010, le chroniqueur de La Presse, Patrick Lagacé, faisait l’objet d’une plainte devant le Conseil de presse pour une phrase assez incisive : « Le cardinal Ouellet va mourir un jour. J’espère qu’il mourra d’une longue et pénible maladie. » Dans sa chronique, monsieur Lagacé réagissait à la dénonciation de la « culture de mort » par le cardinal Ouellet qui déplorait l'appui d'une majorité de Québécois à l'euthanasie.

Dans sa décision exonérant monsieur Lagacé, le Conseil soulignait que la phrase en question était suivie de celle-ci : « J’espère qu’il pourra comprendre pourquoi certaines personnes, quand elles n’ont plus que la peau sur les os, quand elles vomissent leurs excréments, aimeraient pouvoir en finir légalement. » Certes, la tournure frôlait le dérapage, mais on aura compris que l’auteur souhaitait, non pas la mort du cardinal, mais que celui-ci comprenne mieux le désir ardent de certaines personnes de vouloir mettre fin à d’atroces souffrances que plus rien ne peut soulager.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le droit de choisir quand mettre fin à notre vie, le droit de dire c’est assez, le droit de mourir dans la dignité. Il n’appartient pas aux biens portants de décider le niveau de souffrance qu’un malade peut supporter.

Ce serait une erreur de voir dans l’euthanasie un moyen de réaliser des économies dans un système de santé de plus en plus onéreux. Au contraire il faudrait que les gouvernements cessent de sabrer dans les budgets pour les soins palliatifs, qu’ils investissent dans les soins à domicile et l’appui aux aidants naturels. Ces soutiens sont cruciaux pour accompagner les personnes en fin de vie, quel que soit leur âge, et contribuent souvent à leur donner le goût de rester un peu plus longtemps dans le monde des vivants.

On mesure la grandeur d’une société à la façon dont elle traite les personnes qui ne sont plus en mesure d’y contribuer. Il faut les soutenir et respecter leur choix, quel qu’il soit. 


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