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Laisser le patrimoine disparaître

Auteur: Jean-Pierre Picard (EV)/17 mars 2015/Catégories: Communautaire, Saskatoon, Éditorial, 2015

Je n’ai pu m’empêcher d’avoir un pincement au cœur en voyant les images de l’édifice Farnam de Saskatoon tomber sous le pic des démolisseurs cette semaine. Lors de mon arrivée en Saskatchewan, en 1986, j’avais rapidement adopté le quartier Broadway à Saskatoon comme endroit où passer un bon moment. Au-delà des boutiques, de la programmation éclectique du cinéma Broadway, c’est l’architecture de ce quartier qui m’avait séduit.

Quand des gens qui veulent visiter la Saskatchewan me questionnent sur les endroits à fréquenter, le quartier Broadway fait partie de la liste. Je n’arrive pas à comprendre comment les dirigeants municipaux ont pu donner leur accord à la démolition d’un édifice centenaire qui contribuait au cachet de ce quartier de la ville des ponts. Sur le site Web du Broadway Business Improvement District on peut lire « The Farnam Block is a key architectural feature on Broadway. Its significance is recognized by a plaque adjacent to the doorway. »

Nous sommes scandalisés d’apprendre que l’État islamique a détruit des édifices millénaires en Irak. Pourtant, toutes proportions gardées, c’est le même type de vandalisme patrimonial qu’a fait le conseil municipal de Saskatoon en autorisant la démolition de l’édifice Farnam.

J’ai grandi dans une ville qui a vu son patrimoine architectural décimé au nom du progrès. Si jamais vous allez au centre-ville de Hull (maintenant regroupé dans la grande ville de Gatineau) vous allez voir un quartier occupé par d’immenses tours à bureaux du gouvernement. L’administration municipale des années 70s avait décidé de faire le pari du développement et la presque totalité du centre ville a été éventrée. Seuls quelques édifices subsistent ici et là pour témoigner du passé de cette ville dont le centre-ville est devenu triste et déserté le soir.

Et il n’y a pas que le patrimoine architectural qui disparaît, victime de l’indifférence ou du manque de sensibilité. Cette année l’Association canadienne-française de Regina (ACFR) célèbre ses 50 ans d’existence. Sa directrice générale m’avait partagé, l’année dernière, son désarroi devant le fait que la presque totalité des archives photos de l’ACFR avaient été jetées dans un « grand ménage ». Difficile de présenter un demi-siècle d’histoire dans ces conditions.

Le progrès est important mais il ne doit pas se faire au détriment du patrimoine. Il faudrait amener nos dirigeants à développer un certain respect pour le passé et nos édifices patrimoniaux qui se font de plus en plus rares dans la province. Il faut bien sûr regarder vers l’avenir, mais les voies à suivre ont plus de sens quand on peut les rattacher au chemin parcouru.

Quand le passé disparait, c’est pour toujours. 

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