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S'exprimer autrement
Cette chronique, en collaboration avec La Cité universitaire francophone,  offre des textes dont les auteurs ont en commun d’avoir choisi le français comme langue seconde.


 

Vente de la CCB : réveillez-moi quelqu’un…

Auteur: Jean-Pierre Picard (EV)/21 avril 2015/Catégories: Agriculture et environnement, Éditorial, 2015

Des gens ont marché dans la rue. Rien de bien neuf dans cette nouvelle. Sauf que cette fois ils ont marché pour dénoncer le projet de loi antiterroriste C-51 qui engage le pays dans une pente dangereuse. Une loi qui pose les premières restrictions sur des libertés qui nous permettent justement de descendre dans la rue.

Mais ce n’est pas de cela dont je veux vous parler. Je veux aborder la vente récente de la Commission canadienne du blé (CCB) à une compagnie contrôlée par des intérêts saoudiens et américains. Petit rappel pour les nouveaux venus : la CCB a été mise sur pied par le gouvernement en 1935 pour faire la commercialisation du blé et de l’orge pour les agriculteurs. C’était le plus gros vendeur de blé et d’orge au monde avec un chiffre d’affaire de 5,2 milliards$ en 2010. La Commission agissait comme agent de commercialisation pour 75 000 céréaliculteurs, petits et grands. 

Les Américains n’aimaient pas la CCB et l’avait traînée, sans succès, devant le tribunal de l’ALÉNA (Accord de libre échange nord-américain). Monsanto n’aimait pas la CCB qui avait organisé, de 2001 à 2004, un mouvement de rejet par les agriculteurs canadiens du blé génétiquement modifié. Seuls les fermiers, surtout les petits, semblaient aimer la CCB.

Mais voilà, coup de théâtre en 2012 : le Gouvernement Harper adopte une loi qui met fin au monopole de la CCB, malgré un plébiscite qui confirme un soutien majoritaire des fermiers à son maintien. 

Cette loi demandait la privatisation de la CCB d’ici 2017.  Et bien c’est chose faite, le contrôle de la Commission canadienne du blé vient d’être remis à l’entreprise G3, qui, je le répète, regroupe des intérêts américains et saoudiens, en échange d’une promesse d’investissements de 250 millions $. 

Pourtant, en 2011, 3 000 fermiers canadiens qui désiraient se porter acquéreur de la Commission avaient fait une offre qui se situait entre 250 et 300 millions $. Curieusement, cette offre a été rejetée sans aucune explication.

Revenons un moment aux manifestants de mon premier paragraphe, car il y a un lien. D’un côté on veut nous imposer un projet de loi qui va empiéter sur nos libertés individuelles, tout ça au nom de la lutte au terrorisme; de l’autre, on vend un pilier de l’économie des Prairies à un conglomérat dont fait partie l’Arabie Saoudite, un pays où les femmes n’ont même pas le droit de conduire et où les droits humains sont une farce. 

Et surtout, comment faire abstraction du fait des groupes et groupuscules terroristes trouvent leur financement dans les pétrodollars saoudiens?

Pour reprendre les propos du député NDP de Winnipeg, Pat Martin, « Has the minister lost his freaking mind? » Autrement dit : réveillez-moi quelqu’un. 

Je veux bien accepter que l’on vive dans une économie qui se joue à l’échelle mondiale, mais doit-on se départir de nos leviers économiques? Et surtout de ceux qui touchent à l’agroalimentaire? La nourriture, c’est bien plus précieux que le pétrole.

 

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