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S'exprimer autrement
Cette chronique, en collaboration avec La Cité universitaire francophone,  offre des textes dont les auteurs ont en commun d’avoir choisi le français comme langue seconde.


 

MEXIQUE – Un pays en état de siège

Auteur: Mychèle Fortin/3 février 2015/Catégories: Coup d'oeil sur le monde, Politique, 2015

Drapeau du Mexique et révolver
Le Mexique est aujourd’hui l’un des pays les plus violents au monde. Avec le Honduras, il se classe en tête de liste pour le nombre d’homicides par mille habitants dans les pays qui ne sont pas en guerre. Depuis l’offensive contre les cartels de la drogue, lancée par le président Felipe Calderón en 2006, on estime que plus de 60 000 personnes ont été assassinées. Le Mexique est en état de siège. 

La construction sociale mexicaine d’aujourd’hui trouve ses origines dans l’avènement du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Son plus grand président, Lázaro Cárdenas, instaura pendant son sexennat(1) (1934-1940) des politiques sociales d’avant garde qui ont largement contribué à une certaine, je dis bien certaine, redistribution de la richesse et à assurer une certaine paix sociale.

Le Mexique n’est pas facile à gérer. Les habitants, les municipalités, les états et le gouvernement fédéral entrent bien souvent en contradiction, quand ce n’est pas en conflit. La paix sociale a fréquemment été troublée. À chaque fois, le PRI l’a rétablie, parfois par la cooptation, souvent par la force. Il faut souligner également l’omniprésence de la corruption, que ce soit pour s’enrichir ou juste pour survivre. 

Le virage néolibéral, à partir des années 80, et l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) du 1er janvier 1994, ont fragilisé l’équilibre de cette « démocratie autoritaire ». La pauvreté a fait des pas de géant et l’ALENA a permis à la production agricole états-unienne, fortement subventionnée, de ruiner des millions de petits paysans.

Après 70 ans de règne sans partage, le PRI a cédé le pouvoir à Vincente Fox et son parti de droite Partido Acción Nacional (PAN) en 2000. Les structures politiques, administratives et sociales, ainsi que les vieilles alliances, ont été ébranlées. Les règles qui avaient prévalu entre les politiciens, les policiers et les trafiquants n’étant plus, la part de contrôle qu’exerçait l’État sur les activités des cartels se fit de plus en plus ténue. Le narcotrafic en a profité pour prendre de l’ampleur. 

En décembre 2006, le successeur de Fox, Felipe Calderón, déterminé à mettre un frein au narcotrafic et à sa violence, a envoyé l’armée dans les rues afin de reprendre le contrôle de plusieurs régions du pays. Depuis, c’est la guerre. 60 000 victimes disions-nous plus haut...

Une culture de la violence

Renverser la vapeur ne sera pas facile. Le crime, presque institutionnalisé, a engendré une peur qui a démobilisé les citoyens résidant dans les zones les plus touchées (la région frontalière, les états du Sinaloa, le Guerrero, le Michoacán, Oaxaca). 

La violence s’accompagne de la création de nouvelles identités culturelles. Les valeurs véhiculées par la « narco-culture » se retrouvent souvent glorifiées dans la musique populaire et les telenovelas, téléromans dont raffolent les Mexicains.

Devant l’incapacité de l’État à lutter efficacement contre la violence, des groupes d’autodéfense armés, composés de civils sans uniforme, sont apparus à partir de 2011.

Le retour du PRI

En décembre 2012 le PRI a repris le pouvoir avec l’élection d’Enrique Peña Nieto.(2) Le jeune président s’est bien défendu d’un retour au passé, mettant l’accent sur la croissance économique (dans un pays ou près de 50% de la population vit sous le seuil de la pauvreté) et sur la sécurité qui est la préoccupation de l’heure pour les Mexicains. 

L’apparition des milices civiles d’autodéfense a pris une grande importance sociale et médiatique. Cela a forcé le gouvernement de Peña Nieto à les reconnaître comme des acteurs nécessaires, bien que la multiplication de groupes armés fasse augmenter l’incertitude.(3)

En février 2014, l’arrestation, par la marine mexicaine, du chef du cartel de Sinaloa, Joaquin Guzman Loera, dont la tête était mise à prix par les autorités états-uniennes, représente une victoire sans précédent pour le gouvernement mexicain dans sa lutte contre les cartels. La question que l’on peut poser : ça va changer quoi? Un cartel est démantelé, deux autres apparaissent. 

La paix pour bientôt?

La violence continue. Difficile de ne pas penser aux 43 étudiants enlevés près d’Iguala, en septembre dernier (dont la mort a été confirmée en décembre) par des policiers liés au cartel des Guerreros unidos, à l’instigation du maire de la ville, qui a été arrêté depuis.

Pense-t-on vraiment que le Pacto por México, un accord signé par tous les partis politiques pour réduire le crime, va venir à bout de ÇA? Il est permis d’en douter. 

De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer que l’on décriminalise la drogue afin de couper l’herbe sous les pieds des cartels. Moult études ont démontré que la lutte au trafic et à la consommation de drogues ne fonctionne pas en plus de coûter cher, en termes non seulement d’argent, mais de vies humaines.

Notes :

(1) Selon la Constitution mexicaine de 1917, un président ne peut être élu qu’une seule fois. Depuis Lázaro Cárdenas, le mandat est de six ans.

(2) Résultats de l’élection : PRI 38%, PRD 31%, PAN 26%

(3) Les autorités mexicaines permettent depuis longtemps à des « polices communautaires » de garantir la sécurité dans certains villages autochtones.

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