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Cette chronique, en collaboration avec La Cité universitaire francophone,  offre des textes dont les auteurs ont en commun d’avoir choisi le français comme langue seconde.


 

Le pyrocumulonimbus: un phénomène rare au-dessus d'un feu de forêt

La saison 2016 des feux de forêt a commencé tôt et intensément

Auteur: Mélanie Jean/19 mai 2016/Catégories: Agriculture et environnement, Chronique environnement, 2016

Le feu dans la région de Fort McMurray

Le feu dans la région de Fort McMurray

Les feux de forêt peuvent générer des pyrocumulonimbus, un type de nuages créés par la production intense de chaleur qui peuvent produire des éclairs qui auront le potentiel d’allumer d’autres feux. C’est ce qui s’est passé avec le feu dans la région de Fort McMurry.
Photo: www.thelibertybeacon.com
La saison des feux de forêt a commencé tôt et intensément cette année. La plupart des gens sont probablement au courant des tristes événements ayant cours à Fort McMurray depuis le début mai. Un feu de forêt s’est rapidement transformé en brasier incontrôlable provoquant l’évacuation de plus de 80 000 personnes et la destruction complète d’environ 2400 bâtiments.

Le 2 mai, le feu couvrait une superficie de 500 à 750 hectares. Le 12 mai, on parlait de 240 000 hectares ! L’ampleur des dommages causés par le feu est sans précédent au Canada, mais ce type d’événement s’est produit dans le passé. On n'a qu’à se rappeler des feux près de Kelowna en 2003 et Slave Lake en 2011 qui ont causé énormément de dommages.

Le Nord du Canada est couvert par la forêt boréale, une forêt dominée par des conifères tels que les épinettes et les pins. Dans cet écosystème, les feux d’origine naturelle (causés par des éclairs) sont relativement fréquents et servent à la régénération de la forêt. Les conifères sont très inflammables et leurs cônes s’ouvrent en réponse à la chaleur intense provoquée par un feu, ce qui crée une forêt «née pour brûler». Dans l’Ouest du Canada, les feux de forêts ont un cycle naturel de 50 à 100 ans, par opposition aux régions plus humides de l’Est où les feux ont une fréquence d’environ 200 ans. À Fort McMurray, un îlot de civilisation au milieu d’une nature sauvage, le carburant nécessaire à l’ignition d’un feu de forêt était abondant. Ajoutez à cela des conditions météorologiques telles que de la chaleur et des grands vents, il ne suffisait que d’une étincelle pour créer un brasier.

La cause exacte du feu de Fort McMurray est présentement sous enquête. Cependant, dans une entrevue accordée au Calgary Sun, le Dr. Mike Flannigan, de l’Université d’Alberta à Edmonton, affirme qu’il est probable que le feu soit de cause humaine. En effet, il ne semble pas y avoir eu d’éclairs durant cette période de temps et le site d’ignition est près de la ville. En Alberta, au printemps, l’activité humaine est responsable de 90% des feux de forêts par rapport à 65% sur le restant de la saison chaude. Certaines actions sont liées de manière évidente à l’allumage de feux, par exemple des arbres qui tombent sur une ligne électrique, la négligence lors de l’extinction d’un feu de camp ou les mégots de cigarettes.

Une autre cause importante de déclenchement de feux de forêt en saison sèche est l’utilisation de véhicules tout-terrain. Le tuyau d’échappement de ces véhicules devient très chaud durant leur utilisation et se retrouve souvent en contact avec les herbes sèches ou de la matière organique. Il arrive parfois que de la matière organique se retrouve éclaboussée sur le silencieux ou sous le véhicule et entre en combustion. Cette matière fumante tombe par la suite et peut déclencher un feu. Dans un tel cas, il est fort probable que l’utilisateur ne réalise pas que les tisons laissés derrière lui sont les responsables.

Tout comme en Saskatchewan, l’effet El Niño de cette année a amené un hiver et un printemps particulièrement chauds et secs dans le Nord de l’Alberta. La semaine précédant le début du feu était inhabituellement chaude, avec des températures avoisinant les 30°C. Les conditions étaient donc toutes réunies pour le déclenchement d’un feu. Des vents de 40 km/h qui se sont par la suite levés auront permis au brasier d’atteindre l’ampleur que l’on connaît.

Risques d'incendies au 5 mai 2016

Risques d'incendies au 5 mai 2016

Un phénomène rare

Le feu était tellement intense qu’il a donné lieu à un phénomène météorologique rare, soit la création de pyrocumulonimbus. Ces nuages d’orage créés par la chaleur intense du feu causent des éclairs qui peuvent générer de nouveaux feux en dehors du périmètre principal. Au Canada, on en a répertorié 28 en 2014, 32 en 2015 et 3 jusqu’à maintenant en 2016, dont deux à Fort McMurray (Environnement Canada).

Bien que le feu de Fort McMurray n’ait pas encore traversé en Saskatchewan comme on le craignait, le risque de feux dans le Nord de la province est bien réel. En date du 14 mai, 139 feux ont été répertoriés en Saskatchewan dont six sont en cours d’évaluation dans les régions de Buffalo Narrows et La Ronge. Il est donc très important de s’informer et de respecter les interdictions de feux dans les zones à risque (http://www.environment.gov.sk.ca/fire/). Même lors de périodes plus humides, la prudence est de mise. En attendant, on ne peut que souhaiter que la situation s’améliore rapidement pour que les résidents de Fort McMurray puissent rentrer à la maison.

Animation représentant l’évolution de la superficie du feu de Fort McMurray :

http://www.theglobeandmail.com/static/interactive/graphics/nw-fortmac-gif-0511/fire-wednesday-week2.gif

Pour en savoir plus :

https://uofa.ualberta.ca/news-and-events/newsarticles/2016/may/fort-mcmurray-blaze-among-most-extreme-of-wildfires

http://www.calgarysun.com/2016/05/09/alberta-must-fire-back-at-careless-human-fire-starters


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