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Cette chronique, en collaboration avec La Cité universitaire francophone,  offre des textes dont les auteurs ont en commun d’avoir choisi le français comme langue seconde.


 

Faut-il avoir peur des carpes asiatiques?

Auteur: Mélanie Jean/20 septembre 2017/Catégories: Chronique environnement, 2017

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L’envahissement du fleuve St-Laurent et des Grands Lacs par la carpe asiatique, des poissons avec le potentiel de chambouler les écosystèmes, est un sujet chaud au Québec et en Ontario depuis quelques années. En février 2017, on annonçait qu’une des espèces de carpe asiatique avait été retrouvée dans le St-Laurent. 

La carpe asiatique est un terme employé en Amérique du Nord pour désigner principalement deux espèces de poisson originaires de la Chine et de la Russie : la carpe à grosse tête (Hypophthalmichthys nobilis) et la carpe argentée (Hypophthalmichthys molitrix). Ces deux espèces de carpes ont une croissance très rapide, mesurent de 60 cm à 1.4 m de longueur, pèsent de 40-45 kg (88-100 lb) et peuvent aussi vivre plus de 20 ans. Les carpes asiatiques consomment de 5 à 20 % de leur masse corporelle en nourriture à chaque jour ! Elles se nourrissent principalement en filtrant l’eau et en consommant du plancton, c’est-à-dire les organismes microscopiques animaux ou plantes qui dérivent avec les courants dans l’eau et qui sont à la base de la chaîne alimentaire des milieux aquatiques et marins. C’est principalement cette énorme consommation de plancton qui cause des problèmes, puisque les carpes sont des compétitrices efficaces et risquent d’éliminer la source d’alimentation des espèces de poissons planctivores. Cela a le potentiel de créer une cascade en éliminant par le fait même les proies des espèces de poissons piscivores économiquement importantes telles que les truites et le doré. De plus, la carpe argentée peut sauter jusqu’à 2.5 ou 3 m dans les airs lorsqu’elle est effrayée par les bateaux et embarcations de plaisance. En raison de la taille de ces poissons, de nombreuses personnes ont été blessées par des collisions avec des carpes en plein saut. Deux autres espèces de carpes peuvent également être inclues dans l’appellation carpe asiatique : la carpe noire (Mylopharyngodon piceus) et la carpe de roseau (Ctenopharyngodon idella).

La carpe asiatique est maintenant présente dans des écosystèmes naturels à l’échelle mondiale. On les retrouve en Europe, en Amérique du Sud, en Amérique du Nord, en Asie du Sud-Est, en Inde, au Pakistan, et aussi dans l’Ouest de la Chine où l’espèce n’est pas indigène.  L’historique de l’envahissement en Amérique du Nord commence dans les années 1970, alors que la carpe asiatique a été importée aux États-Unis pour les marchés de poissons frais, puisqu’elle est peu chère et croit rapidement. Étant donné que la carpe asiatique se nourrit en filtrant l’eau, elle a aussi été utilisée pour maintenir des installations d’aquaculture propres. Des carpes se sont échappées d’installations d’aquaculture en Louisiane et en Arkansas à la suite d’inondations et ont ensuite rapidement colonisé le Mississippi et ses tributaires. Dans certains endroits, les carpes représentent 95 % de la biomasse des poissons. Dans leurs écosystèmes d’origine, les carpes ne causent pas de problèmes, puisque leurs populations sont maintenues à des niveaux raisonnables grâce à la présence de leurs prédateurs et parasites naturels. Cependant, il n’existe pas de prédateur naturel assez grand dans le Mississippi, les Grands-Lacs ou le St-Laurent pour s’attaquer à une carpe adulte. La carpe asiatique est maintenant présente en bordure du canal qui relie la rivière Illinois et le lac Michigan à Chicago, et des carpes de roseau ont été recensées dans le St-Laurent et dans les lacs Érié et Ontario. 

Pour l’instant, il est peu probable que la carpe asiatique envahisse les cours d’eau de la Saskatchewan. Il faut cependant demeurer prudent. Voici les recommandations de Pêches et Océans Canada [1] si vous pensez avoir trouvé une espèce envahissante : ne rejetez pas ces espèces dans l’eau, notez l’endroit précis (coordonnées GPS) et la date d’observation, prenez des photos, familiarisez-vous avec leurs caractéristiques, signalez la présence d’une espèce envahissante selon l’endroit où vous vous situez. La Saskatchewan fait partie d’une grand groupe de suivi citoyen des espèces envahissantes, que ce soient des plantes ou animaux, terrestres ou aquatiques. Vous pouvez en apprendre plus au sujet de cette organisation sur imapinvasives.org.

Pour en savoir plus…

[1] http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/environmental-environnement/ais-eae/species/asian-carp-fact-sheet-fra.html

http://mffp.gouv.qc.ca/faune/especes/envahissantes/pdf/carpes-asiatiques-vigilance-depliant.pdf 

http://radio-canada.ca/nouvelle/1019494/carpe-asiatique-arrivee-fleuve-saint-laurent 

Warren J.S. Currie et collaborateurs. 2011. Modélisation de la propagation, l’établissement et l’impact des carpes à grosse tête et argenté dans les Grands Lacs. Pêches et Océans Canada. 

Au sujet des espèces envahissantes en Saskatchewan : https://www.imapinvasives.org/saskatchewanlogin 

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