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Aventure et plein air

Des samouraïs qui touchent en plein cœur
Dominique Liboiron

Des samouraïs qui touchent en plein cœur

Je poursuis ma série sur le Japon en attirant cette fois votre attention sur un événement annuel inspiré directement des fameux samouraïs. Symboles des vertus de la nation, ces guerriers n’existent plus depuis 150 ans, mais leurs traditions perdurent, dont le passionnant tir à l’arc à cheval.

En japonais, le tir à l’arc équestre s’appelle le yabusame. Le but est simple : un cavalier parcourt au galop une piste en tentant d’atteindre trois cibles.

Ces cérémonies ont souvent lieu aux mois d’avril et de mai. Je dis bien cérémonies et non pas compétitions, car les Japonais ne considèrent pas cette activité comme un sport, mais comme une cérémonie religieuse.

Le yabusame servait en fait à entraîner les samouraïs et à plaire aux dieux. L’idée qu’un sport puisse être une dévotion peut sembler bizarre, mais si vous avez lu Le chandail de hockey de Roch Carrier ou si vous vénérez la Sainte-Flanelle, vous êtes en mesure de comprendre.

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Le tir à l’arc équestre, ou yabusame, se pratique au Japon depuis plus de 1 500 ans. Photos : Dominique Liboiron

Assister à un yabusame n’est pas une expérience qu’on oublie de sitôt. Imaginez des mottes de terre qui jaillissent des sabots d’un cheval au galop, le sol qui tremble sous le poids de l’animal alors que le cavalier, vêtu des habits traditionnels du samouraï, lâche un cri de guerrier redoutable...

Ce dernier laisse tomber les rênes et guide sa monture avec ses genoux. Il tend son arc, vise la première cible en bois et décoche une flèche. Il attend le bref instant où les quatre sabots flottent dans l’air pour que le bond du cheval en soit à son moment le plus lisse. Cette courte stabilité l’aide à viser et à tirer avec précision.

Grâce à ses instincts affinés, le samouraï sait lorsque le moment opportun se présente. Il tire. La flèche casse la cible et projette des bouts de bois par terre. La foule applaudit poliment, mais elle se retient car l’archer doit atteindre deux autres cibles.  

Le cheval ne ralentit aucunement, alors le cavalier se dépêche pour sortir une flèche de son carquois dans le dos pour viser la deuxième cible qui approche rapidement. Elle éclate et la foule, maintenant aux aguets, murmure dans une atmosphère d’attente joyeuse.

La crinière du cheval vole au vent. Le cavalier n’entend plus la foule ni même la foudre des sabots. Il ne voit pas les cerisiers en fleur en arrière-plan. Son arc tendu est prêt, il se concentre sur la dernière cible. Le temps lui semble être au ralenti. Il sent les pattes de sa monture s’enfoncer dans la terre puis se soulever brièvement. La flèche part, presque de sa propre volonté, et le samouraï, empreint de calme, la voit fracasser la cible.

Ravie, la foule est en liesse et félicite l’archer avec des applaudissements passionnés. Un bénévole court pour ramasser le plus gros fragment de bois qui sera vendu comme souvenir de la journée.

 

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